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Féminine, subversive, militante? Décryptage couleur d’une femme en rose

 

Naissance du rose en Europe

Bien qu’existant dans la nature, très longtemps la couleur rose n’est pas considérée comme importante en Europe et n’a pas de mot spécifique pour la désigner autrement qu’en nuance du rouge.

Au Moyen-âge, on commence à découvrir le rose grâce aux nouvelles teintures importées de l’Asie du sud-est et en particulier de Sumatra.

Des hommes et des femmes aristocrates portant de longues tuniques roses comme le roi de Babylone sont représentés et inspirent les souverains européens.

Mais la teinture n’étant ni très efficace, ni très lumineuse, ce n’est qu’à la fin du 17èmesiècle, avec la découverte d’une nouvelle technique plus performante grâce à un arbre brésilien, que le rose devint la couleur tendance en Europe et particulièrement à la cour française à Paris, si amoureuse de nouveautés en matière de mode.

Le succès est immédiat. Les princes autant que les peintres se passionnent désormais pour cette couleur qui prendra le nom d’origine italienne « d’incarnato » (incarnat).

Alors qu’il ne qualifie jusque-là que la carnation du visage, il va s’appliquer dorénavant à tous les tons de « rose ».

Cette période cruciale de la naissance du rose en Europe est illustrée par les magnifiques peintures de Boucher ou de Watteau qui montrent quantité d’hommes ou de femmes indépendamment peints en tenue rose. A cette époque le rose n’est pas sexué.

Articulation entre la couleur rose et la sexualité à partir du 18èmesiècle

Le rose était une couleur absolument unisexe portée indifféremment par les hommes ou les femmes.

Il n’y avait qu’un seul secteur dans lequel le rose était considéré comme uniquement féminin, c’était celui du maquillage.

Le scandale soulevé par la fameuse peinture de François Boucher, représentant Mme de Pompadour s’appliquant du fard à joues, c’est-à-dire utilisant des artifices pour simuler ses émotions alors que le peintre la peignait fut considérée comme subversive, déplacée et d’une grande connotation sexuelle

L’idée était que si vous êtes une femme aristocrate respectable, vous ne pouvez accentuer les signes d’une émotion sexuelle en rougissant vos joues de façon factice et encore moins devant quelqu’un qui immortalise ce moment.

Ou si vous êtes si insensible que rien ne peut vous faire rougir au point de devoir vous maquiller pour créer l’effet, vous travestissez vos émotions comme le ferait une prostituée, cette prise de pouvoir sur les émotions est vue comme très déplacée.

Deux mondes s’entrechoquent déjà avec le rose, celui de la morale aristocratique et l’univers de la prostitution.

Allusions érotiques à partir du rose et association entre la couleur, l’érotisme, le délice ou le plaisir.

L’œuvre de Degas avec ses ballerines toutes en rose portant des costumes avec une multitude de couches de tulles et de mousselines est exemplaire à cet égard.

La métaphore généralement utilisée des femmes fleurs évoque aussi ces connotations sexuelles: la fleur est littéralement l’organe sexuel de la plante et la couleur comme l’odeur des fleurs, sont là pour attirer le pollinisateur vers elles. Aussi enfin, l’idée de la beauté féminine soit-disant limitée dans le temps, qui se fane rapidement comme celle des fleurs prennent racine à cette époque.

Couleur de la nudité et de la rougeur qui s’expose, des peaux européennes ou des parties du corps très érotiques comme les lèvres, la poitrine, les fesses ou les parties génitales, le rose devenu couleur très sexuelle se code progressivement essentiellement féminine.

Dans la mode du début du 20ème siècle, alors qu’Elsa Schiaparelli invente le rose « shocking » et que Paul Poiret glisse des silhouettes rose pastel dans ses présentations de haute couture, la symbolique de la femme fleur et du rose comme code féminin majeur, s’exprime particulièrement avec le New-look de Christian Dior.

Croquis de Christian Lacroix

réouverture maison Schiaparelli 2013

Poiret dessin par Erté

1947 : Le New Look de Christian Dior révolutionne la mode

C’est la fin de la saison des défilés. Christian Dior présente sa première collection le mercredi 12 février 1947 dans les salons du 30 avenue Montaigne. Une multitude de personnes se pressent dans le petit hôtel particulier: Un nombreux public féminin, quelques acheteurs professionnels, les journalistes et grandes prêtresses des magazines de mode. Quatre-vingt dix silhouettes défilent, correspondant à 2 lignes directrices:«en huit»et «Corolle» du nom d’une fleur.

En pleine période d’après-guerre, en temps de restriction et de rationnement, le couturier, en créant de somptueuses tenues utilisant une grande quantité de tissus, provoque la polémique mais suscite également un vif intérêt. L’assistance est conquise. C’est un triomphe. Les femmes veulent être habillées “à la Dior”.

Le créateur crée une révolution dans la mode en proposant une certaine image de la femme. En accord avec l’air du temps et le retour à l’art de la séduction. Ce nouveau style est qualifié le jour même par Carmel Snow, rédactrice en chef du magazine de mode Harper’s Bazar, de «New Look» qui éclipse le nom initial  de «Corolle» choisi par le couturier pour définir sa collection.

Il faudra attendre vingt ans, avec Courrèges et sa minijupe pour connaître semblable révolution.

Comment expliquer pourquoi le rose fut une couleur si présente dans les années 50 ? Une tendance écrasante non seulement dans l’univers de la mode mais aussi dans l’électroménager, la décoration, la mode enfantine…

La féminisation de la couleur rose a pris fin au 19èmesiècle. C’est principalement l’ère industrielle naissante qui exprimera et figera dans le vêtement cette séparation des sexes dans l’air du temps avec l’idée économiquement lumineuse de vendre deux fois plus de vêtements, de mobilier, d’accessoires pour enfants si on oblige à habiller différemment filles et garçons.

L’achèvement de cette catégorisation enfantine est le fruit de la création de la couleur rose pour les filles et bleu pour les garçons. Avant cette période les bébés étaient vêtus indistinctement et souvent en blanc pour les deux sexes.

La période après la seconde guerre mondiale est très conservative. Les femmes qui avaient pris le pays en main pendant l’absence des hommes partis au front, ont été priées de retourner à la maison !

La surféminisation du genre féminin fut un moyen efficace pour reconduire et inciter les femmes à rester au foyer et reprendre des habitudes d’épouses soumises et de mères.

L’explosion de cette surféminisation est partout dans les années 50 et 60 et le rose associé à l’idée de « vraie fille » respectable, douce et innocente et de sexualité féminine.

L’essence de cette femme fleur rose des années 50, habillée par Christian Dior est incarnée par Marilyn Monroe.

Puis dans la France des années 60, Brigitte Bardot rend cette couleur très populaire et impose désormais « le vichy rose » comme imprimé iconique

 

Etonnamment à la même période, des personnalités masculines embrassent la couleur rose dans leurs choix vestimentaires ou dans les couleurs de leurs voitures.

Pourquoi le rose pour eux ?

 

C’est le début de l’histoire alternative du rose en tant que couleur subversive et militante

Dans la diaspora africaine, caraïbéenne ou sud américaine, le rose reste une couleur non seulement portée par les femmes mais bien aussi par les hommes.

Et parce que la culture afro-américaine a un tel impact dans la musique populaire, le rose devint alors une couleur référente de la culture alternative, expérimentale ou d’avant-garde. L’expression des cultures illégales et souterraines et de la rébellion, pour devenir l’unique vraie couleur rock’and roll.

 

        

 

Alors le rose est devenu une couleur « réceptacle », un incubateur de sens sexuel très profond, autant pour les femmes que pour les hommes.

Quel rôle le rose a-t-il joué dans la communauté homosexuelle ?

L’association du rose et de l’homosexualité a commencé tragiquement. Au moment de la shoah, les personnes juives étaient marquées de l’étoile jaune et les homosexuels étaient forcés de porter un triangle rose dans les camps de concentration.

 

 Dans les années 70, les organisations gay germaniques et américaines honorèrent la mémoire des disparus gay de la shoah en élisant le triangle rose comme signe symbole de la lutte homophobe et des gay prides et comme couleur d’action.

Dès 1969, les homosexuels américains utilisent à titre individuel le drapeau arc-en-ciel, inspiré de la chanson « Over the raimbow » du film « le Magicien d’Oz ». La rayure rose n’existant pas dans l’arc en ciel originel y est ajoutée.

         

Il est à la fois l’emblème de la fierté  homosexuelle et aussi de la variété de leurs modes de vie.

 

 Avec le « girl power » des années 80 et 90 incarné par Barbie, reine du rose chewing-gum, vif, brillant et du tout rose, se pose la question de la place des femmes dans la société de consommation et de l’empowerment où l’articulation du rose, de la féminité et du pouvoir pose question dans les dernières années du 20èmesiècle ?

 

    

 

 En 2017 la controverse sur le choix des bonnets roses des « pussy hats » montre à quel point cette couleur est toujours controversée.

En effet, au moment où les femmes décident de déferler dans les rue de Washington le 21 janvier 2017, lendemain de l’investiture de Donald Trump en criant le slogan « les mêmes droits pour tous », elles choisirent spontanément de porter des bonnets roses aux oreilles de chat devenus le symbole de la lutte pour le droit des femmes.

Une féministe du Washington Post déclara : « Mes sœurs, ne choisissez pas de mignons chapeaux rose comme couleur symbole, la situation des femmes est trop préoccupante, trop grave et nous ne pouvons pas nous décrédibiliser par le choix de cette couleur rose. » !!!

Alors cette idée que le rose n’est pas une couleur sérieuse, ramène au symbolisme d’inconsistance féminine dans l’inconscient collectif, et à une idée d’immaturité.

La réponse des nouvelles générations de l’empowerment féminin est intéressante car elles décidèrent de garder le rose comme symbole, pour dire que les femmes peuvent être à la fois féminines et puissantes, que les attributs féminins n’altèrent pas la crédibilité.

Et comme s’interroge Camille Froideveaux-Metterie, qui travaille sur les mutations de la condition féminine contemporaine,

« Peux-t’on penser la libération des femmes sans refuser les marqueurs de la féminité »? 

Sujet passionnant qui sera l’objet d’un article d’anatomied’unegarderobe très prochainement. (Camille Froideveaux-Metterie auteure du « Corps des femmes, la bataille de l’intime » et « la révolution du féminin »).

 Alors à chacune d’aller jeter un oeil dans sa garde-robe pour faire l’état des lieux du rose qui vous inspire, et si besoin d’un conseil contactez-moi!

Et en attendant quelques inspirations pour vous guider:

 2001 Mode et Street Art: Stephen Sprouse collabore avec Louis Vuitton

2019 Pourquoi le rose shocking est la couleur de l’année ? Rose shocking est le nom du fameux rose, nuance de fuchsia, lancée par Elsa Schiaparelli en 1937. Initié lors de la Fashion Week printemps-été 2019, le second volet du projet « Story » de la maison Schiaparelli vient tout juste d’être dévoilé. Une collection exclusive mettant à l’honneur le rose shocking, teinte signature d’Elsa Schiaparelli, à découvrir dès maintenant dans le salon boutique 21, place Vendôme Paris 1er.

Source: Vogue déc 2018 par Héloïse Salessy

Défilé Balenciaga Février 2019

Défilé Jacquemus février 2019

Dernier défilé Chanel par Lagarfeld mars 2019

Défilé Burberry février 2019

Campagnes parfum Miss Dior par Nathalie Portman, égérie Dior depuis huit ans

 

Dernière campagne Dior addict

 

Magazine Elle Mars 2019

Magazine Elle février 2019

Publicité Essentiel Antwerp mars 2019

Campagne Louis Vuitton mars 2019

 

Code couleur

  • Séduction et romantisme. Que ce soit du rose bonbon, du rose pâle ou du fuchsia, le rose est une couleur dynamique ponctuée d’une pointe de délicatesse. On l’associe également à la tendresse et au bonheur, comme d’ailleurs le rappelle si bien l’expression « Voir la vie en rose ».

  • Le rose symbolise l’ingénuité, la candeur, la pureté mais aussi la séduction et la fidélité. C’est un symbole de la douceur et de l’amour sans le sexe.

  • Elle provoque de fortes réactions d’attraction ou de répulsion, associée à la frivolité enfantine ou à la plus grande vulgarité.

  • Le rose est un thème récurrent dans la mode, où il implique souvent différents types de féminité, de l’innocence à l’érotisme, ce qui est rendu par la palette de nuances de cette couleur : pastel, corail, bisque, cerise, chair, rose Barbie, rose chewing-gum, coquille d’œuf, rose lingerie, cuisse de nymphe, framboise, fushia, héliotrope, incarnadin, rose Pompadour, magenta, mauve, pêche, rose balais, rose bonbon, rose choc, rose Mountbatten, rose thé, rose vif, saumon, vieux rose.

  • Au Japon, le rose (« momo iru ») est la plus populaire des couleurs. Associé au jour des filles, il évoque le côté mignon (« kawaii ») des fillettes, ferventes adeptes de la mascotte « Hello Kitty », petit chat habillé en rose et devenu un succès planétaire. Le chromo-psychologue japonais Tamio Suenaga affirme : « toutes les études prouvent que le rose évoque le bonheur, le bien-être et la croissance industrielle. Tout ce qui est mignon est rose et se vend bien. Le rose symbolise aussi la tolérance, la liberté et le sexe des femmes » (cité dans « L’imaginaire érotique au Japon », Agnès Giard, Albin Michel, 2006).

  • Dans la culture indienne, les hommes continuent de porter du rose, ce qui a fait dire à la journaliste de mode américaine Diana Vreeland « le rose est le bleu marine de l’Inde ».

  • La journaliste de mode américaine Véronique Hyland proclame la naissance du « rose du millénium » en 2016, « rose ironique, rose sans la joliesse du sucre ». Le rose devient « cool » et androgyne n’est plus vu comme exclusivement féminin.

  • « La couleur est évidemment un phénomène naturel, mais c’est aussi une construction culturelle complexe », écrit le célèbre historien des couleurs Michel Pastoureau. « Il n’y a pas de perception transculturelle de la couleur. C’est la société qui fait les couleurs, les définit, donne leur signification. » 

        

    Hier associé aux stéréotypes négatifs de la féminité, le rose est aujourd’hui féminin, subversif ou militant, à vous de choisir!

 

 

 

 

 

 

 

 

        

 

     

 Sources:

« Pink, the history of a punk, pretty and powerful color » Valérie Steele pour le FIT de New-York.

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